Un fournisseur vous annonce qu'il change de banque. Votre dirigeant vous demande, en toute discrétion, un virement urgent. Ces deux scénarios sont les fraudes au virement les plus courantes. Elles ne reposent sur aucun virus, mais sur la confiance : le mail paraît normal, parfois parce qu'il vient vraiment de la boîte piratée d'un partenaire.
Les deux scénarios les plus fréquents
Le faux changement de RIB
Un fournisseur ou un client vous écrit : ses coordonnées bancaires changent, merci de régler la prochaine facture sur ce nouveau compte. Le mail reprend souvent une vraie conversation, avec la vraie facture en pièce jointe, parce que la boîte du fournisseur a été piratée. L'adresse peut aussi être presque identique : une lettre changée, un « .co » à la place d'un « .fr ».
Le faux dirigeant
Le message semble venir du gérant ou d'un directeur. Il demande un virement urgent et confidentiel : un rachat en cours, un contrôle, un fournisseur à payer avant ce soir. Il insiste pour que personne d'autre ne soit au courant. En 2018, une filiale de Pathé a ainsi perdu plus de 19 millions d'euros. Depuis peu, la demande peut aussi arriver par téléphone ou en visioconférence, avec une voix ou un visage imités par l'intelligence artificielle : en 2024, une entreprise de Hong Kong a viré l'équivalent d'environ 24 millions d'euros après une fausse réunion vidéo.
Les signaux d'alerte
- L'urgence : « aujourd'hui », « avant la clôture », « c'est bloquant ».
- Le secret : « n'en parlez à personne », « je suis en réunion, ne m'appelez pas ».
- Un changement de coordonnées bancaires, quel que soit le motif donné.
- Une demande qui sort de la procédure habituelle : autre interlocuteur, autre circuit de validation.
- Une adresse légèrement différente, ou une adresse de réponse qui n'est pas celle de l'expéditeur.
- La mention « Externe » sur un mail qui prétend venir de votre propre direction, si votre messagerie l'affiche.
La règle la plus efficace : le contre-appel
Avant tout changement de RIB ou tout virement inhabituel, appelez votre interlocuteur au numéro que vous connaissez déjà : celui du contrat, du site officiel ou de votre carnet d'adresses. Jamais le numéro écrit dans le mail. Un fraudeur peut contrôler une boîte mail ; il contrôle rarement le standard de l'entreprise qu'il imite.
- Écrivez la procédure : qui peut modifier un RIB, qui valide un virement, à partir de quel montant il faut deux personnes.
- Faites valider tout nouveau RIB par une deuxième personne, après contre-appel.
- Autorisez la comptabilité à dire non : personne ne doit se voir reprocher d'avoir vérifié, même une demande du dirigeant.
- Montrez quelques exemples réels aux personnes qui paient : c'est souvent ce qui les rend méfiantes au bon moment.
Si le virement est déjà parti
- Appelez votre banque immédiatement et demandez un rappel des fonds. Plus la demande est rapide, plus les chances de récupération sont grandes.
- Portez plainte auprès de la police ou de la gendarmerie, avec les mails et les références du virement.
- Prévenez le vrai fournisseur ou le vrai dirigeant : sa boîte mail est peut-être piratée.
- Faites vérifier votre propre messagerie : l'attaquant a parfois lu vos échanges pour savoir quand une facture était attendue. Voir les gestes en cas de compte piraté.
Ce que votre messagerie peut faire
Plusieurs réglages de Microsoft 365 réduisent le risque : la mention « Externe » sur les mails venant de l'extérieur, la mise en quarantaine des mails qui imitent la direction ou la comptabilité (selon vos licences), et les enregistrements SPF, DKIM et DMARC qui empêchent d'utiliser votre propre nom de domaine. C'est le cœur de Shield 365. Aucun réglage ne remplace pourtant le contre-appel : il reste la dernière barrière.
